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Showing posts from February, 2015

Double parenthèse inversée

1984 : -           Je n’ai pas connu le corps de l’Epouse -           Elle n’était que tôle et rouille, encombrante et immense, anéantissant mon terrain de jeu. Deux massifs panneaux de tôle rouillée profondément plantés dans le sol se tournent le dos ou se font face, au gré de l’humeur de celle ou celui qui les découvre. « Clara-Clara » est le nom de cette installation de Richard Serra que j’avais vue pour la première fois à l’âge de 12 ans, après être sortie du collège. Je me dirigeais vers le parc de Choisy pour jouer avec mes camarades avant de rentrer prendre mon goûter quand je la vis plantée là, sur notre pelouse. Là, à l’endroit même où l’on jouait à la balle. Il y a 30 ans, ces deux panneaux de tôle de 36 mètres de haut qui me paraissaient si laids et encombrants m’empêchaient de jouer. 2004 : -           Im...

Une robe pour l'opéra

La robe bleu-ciel était allongée de tout son long sur le lit de Véra. La jeune fille s’était entêtée toute l’après-midi à refuser de l’enfiler et maintenant Mihaïlo Dimtric, maire de Kubasi, petite ville de 860 habitants, allait être en retard à la première représentation que donnait son épouse à l’opéra de la ville. Opéra qu’il avait fait construire, lui et sa volonté, lui et sa détermination. L’opéra qui allait faire de lui le notable le plus respecté de toute la baie de Kotor et qui allaient certainement le faire réélire. Les cheveux de Véra avaient été montés dans un joli chignon que sa tante, venue exprès de la ville voisine, lui avait fait. Elle avait reçu comme consigne d’essayer de la rendre belle ; elle en avait profité pour maquiller sa jeune nièce qui avait gardé une moue boudeuse pendant toute la durée des préparatifs. En partant de la maison, sa tante avait dit au père de Véra « j’ai fait ce que j’ai pu ». Véra, fardée, restée en collant et brassière to...

Décrochage devant gardes

La nuit tombait sur la ville mais il n’avait pas envie de rentrer. Il écoutait les gouttes d’eau tomber sur la gouttière au-dessus de sa tête alors qu’il continuait sa balade nocturne. Dans deux rues, il arriverait chez lui s’il continuait l’itinéraire qu’il suivait par habitude. Il fallait changer de chemin pour éviter de se retrouver face à eux, face à cette chose froide et odieuse qui se trouvait au milieu de sa cuisine, les regards interloqués de ces colocataires, leurs accusations outrées devant une nouvelle de ses extravagances… ll décidait de tourner à droite maintenant et de continuer vers les bords de Seine. Il y trouverait la tranquillité des lieux parisiens qu’on abandonne à la tombée de la nuit. Il marchait lentement maintenant, il était plus calme. En s’éloignant de sa destination première, il avait l’impression déjà que la pression retombait. L’urgence d’une explication, maintenant, face à eux, n’avait pas lieu d’être dans l’immédiat. Ça lui laissait un peu de temps...