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Showing posts from May, 2015

Fuir le temps sans compter

Le corps dont je me servais à l’époque me permettait de me glisser sous le lit de mes parents et laissait encore de la place entre moi et le sommier. Ce qui ne serait plus possible aujourd’hui, d’abord parce que je ne fréquente plus mes parents mais aussi parce que mon corps d’adulte ne passerait pas sous le sommier. J’avais 6 ans tout juste, je venais de les fêter. Je ne me souviens ni de la fête, ni des cadeaux reçus en ce 11 décembre 1977. Néanmoins je me souviens que mon anniversaire était passé et que malgré cela, je restais la plus jeune des élèves du cours préparatoire de l’école primaire que je fréquentais assidument, autant dire, quotidiennement. Tout me semblait nouveau. Chaque jour, j’avais l’impression de devoir m’adapter à de nouvelles organisations, de nouvelles personnes rencontrées, de nouvelles salles de classe. Alors même que je me rendais à l’école tous les matins - mon père m’avait bien montré le chemin à suivre pour y aller et avait accroché autour ...

Petite histoire pour train de nuit (II)

Franz n’avait pas voulu lui acheter d’organe, il n’avait pas voulu avoir à subir sa supplication et ses pleurnicheries de marches d'escalier d'église. Il ne voulait rien avec cette pauvre folle qui tentait de vendre son cœur au plus offrant devant la gare du petit bourg, comme certaines femmes proposent de lire dans la paume de votre main une félicité future qui se transforme en sort maudit, si vous lui refusez votre main. Cette femme était folle, voilà tout, et quiconque avait vécu dans cette ville sans bords, avait découvert une étendue qu’on ne mesure ni en distance, ni en durée, mais selon les courants d’air. Il faisait froid ce soir dans le train et il avait fait froid aussi le soir où il découvrit son corps inerte. Il s’en rappelait bien. Il n’osait le répéter à Baum, qui avait peur et qui avait réagi avec grand effroi à la petite histoire qu’il avait commencé à lui raconter. Franz s’était certes confortablement blotti contre le siège en cuir vieilli du wago...

Crna Gora - la montagne noire

J’avais peur que le véhicule ne recule à chaque changement de vitesse. Mon pied était enfoncé sur la pédale de l’accélérateur. Mes yeux écarquillés à l’extrême tentaient de couper, à travers les ténèbres de la montagne, le rai de lumière que mes phares projetaient sur les arbres. Des ombres effrayantes dansaient devant le véhicule qui hurlait d’avoir à monter si lentement cette montagne. J’étais en première ; il était inutile de passer la deuxième. Je ne pouvais garder mes yeux plus d’un quart de seconde sur chacune de ces formes monstrueuses. J’avais éteint le poste de radio en arrivant au tournant qui me séparait de la route principale, comme si mes oreilles pouvaient venir en aide à mes yeux. La route m’invitait insidieusement à m’enfoncer dans les ténèbres, et l’obscurité dans laquelle je m’enfonçais devenait de plus en plus sonore. Le bruit du moteur certes en couvrait quelques bruits inquiétants mais d’autres parvenaient à nos oreilles. Je n’étais pas seule dans la voitu...