Nour venait de rentrer chez elle ; il était déjà 20h. Elle filait aussitôt sous la douche pour retirer la crasse, le stress et l’odeur de cigarettes de ces quelques 8 heures de verticalité urbaine passées à servir des tables, des boissons, des sourires forcés. Aujourd’hui, elle n’avait pas pris le temps de compter ses pourboires ; elle avait arrêté depuis quelques temps déjà. Le montant de ses revenus journaliers était devenu accessoire ; ils n’étaient pas comme elle avait pu le penser, à une époque, un billet pour la liberté. Ce n’était qu’une donnée de plus qui venait s’ajouter à la succession de moments dérisoires devenus d’insignifiants rituels, comme une accumulation de petites névroses sans but et sans message conscient. Après sa douche, elle éventrait une boîte de thon qu’elle mangeait à même la conserve. Ce soir c’était du thon, la veille du maïs, l’avant-veille du thon encore avec ou sans mayo bon marché… Depuis qu’il était parti, elle était restée seule ...