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Showing posts from December, 2015

La cité morte

Il existe entre le moment où le promeneur marche sur le trottoir d’une ville-monstre et le moment où il franchit la grille d’un cimetière, un temps d’arrêt, une pause, qui s’installe autour de lui et dans l’espace. Cet instant suspendu se caractérise par une qualité spécifique de l’environnement sonore qui est ainsi brutalement dépouillé du vacarme urbain. La disparition subite du fracas organisé de la cité, plonge alors le promeneur hors du chaos bruyant et dans une quiétude, seulement apparente, qui le pousse à privilégier ses autres sens. La vue s’aiguise et l’odorat s’affine au fur et à mesure que ses pas enfoncent, le promeneur, dans les allées du cimetière. C’est cette même absence d’agitation qui règne à Trypiot. Forcément la moindre impulsion fait frémir. Le promeneur guète le mouvement sur cette carte postale tridimensionnelle. C’est la vie qui est recherchée dans ce paysage statique, pour rendre palpable le réel, aux allures de tableau, ainsi figé. Les constructions a...

En terre étrangère

Sylcia, matricule 22R8, plissait son regard et, autour de ses yeux, de petites ridules s’accentuaient gravement pour empêcher la lumière flamboyante de pénétrer ses orbites à travers ses fines paupières. Un filet de rayon rouge perçait ses deux voiles membraneux mobiles recouvrant ses globes oculaires non habitués à la lumière de l’extérieur.   La boule de feu éblouissante était sur le point de disparaître derrière l’horizon arrondi de cette planète hostile. Pour la première fois, elle découvrait le sol de glaise ocre dont elle avait tant rêvé. Elle n’était jamais sortie de la nef des humains réfugiés.  Elle avançait fébrilement et transperçait de sa gravité le souffle qui lui faisait face. Elle levait les mains et se touchait la tête. Elle avançait encore comme pour s’assurer qu’elle laissait loin derrière elle, la prison qu’elle venait de quitter, et en même temps, grattait de ses ongles la fine peau qui recouvrait son front. Elle déchirait petit à petit la fine ...

Vertige transdanubien

Une valise de tissu noir, à la finition industrielle et usée, gronde contre les pavés de la cour intérieure de l’immeuble où habite, depuis douze générations, Madame Braïjenik. Les petites roues agressives frappent violemment, et d’un coup sec, chaque marche gravie. Le magistral escargot de marbre blanc se laisse dompter par la petite diligence montée sur des roulettes de caoutchouc dur. De là où je suis, je vois le bagage noir, dans lequel se trouve mon corps plié, rendu vain et raide. L’infiniment petit espace irrespirable, dans lequel une forte odeur de plastique chauffé m’agresse les narines, monte presque aussi rapidement, vers les étages supérieurs, que mon moi dédoublé qui le regarde se mouvoir d’en haut. Madame Braïjenik est en haut de l’escalier aussi, mais je la surplombe de quelques mètres vertigineux. Le chignon ample mais serein, assis sur son crâne, lui donne l’allure désuète d’une comtesse d’un pays lointain. Le pays d’un Est imaginaire, dont le nom aurai...