Skip to main content

Posts

Showing posts with the label Petite histoire pour train de nuit

Petite histoire pour train de nuit (III)

Franz avait fini par s’endormir. Il y avait dans son sommeil quelque chose d’éternel qui faisait passer ces instants de somnolence, enchainant la nuit, pour des heures longues et glaciales. Un claquement venait de rompre son engourdissement. Le loquet de la portière de la voiture se soulevait. Quelqu’un essayait, vraisemblablement de l’extérieur, d’entrer dans le compartiment. Le bruit sec de la poignée avait crié dans le silence engourdi de la cabine où Franz et Baum s’étaient assoupis. Franz sursautait, les mains agrippées sur les accotoirs de son siège, ses ongles s’enfonçant profondément dans le bois. Il en avait mal aux extrémités des phalanges. Il gardait les yeux rivés sur la poignée qui remuait de bas en haut. La locomotive faisait entendre son ronflement et personne d’autre dans la cabine n’avait semblé avoir entendu l’intrusion. Le loquet claquait une dernière fois, laissant cette fois-ci la portière s’ouvrir. Le regard de Franz quittait enfin la poignée pour se diriger e...

Petite histoire pour train de nuit (II)

Franz n’avait pas voulu lui acheter d’organe, il n’avait pas voulu avoir à subir sa supplication et ses pleurnicheries de marches d'escalier d'église. Il ne voulait rien avec cette pauvre folle qui tentait de vendre son cœur au plus offrant devant la gare du petit bourg, comme certaines femmes proposent de lire dans la paume de votre main une félicité future qui se transforme en sort maudit, si vous lui refusez votre main. Cette femme était folle, voilà tout, et quiconque avait vécu dans cette ville sans bords, avait découvert une étendue qu’on ne mesure ni en distance, ni en durée, mais selon les courants d’air. Il faisait froid ce soir dans le train et il avait fait froid aussi le soir où il découvrit son corps inerte. Il s’en rappelait bien. Il n’osait le répéter à Baum, qui avait peur et qui avait réagi avec grand effroi à la petite histoire qu’il avait commencé à lui raconter. Franz s’était certes confortablement blotti contre le siège en cuir vieilli du wago...

Petite histoire pour train de nuit (I)

Il fait très sombre dans la voiture. Les passagers sont tous silencieux, sauf pour le vieux monsieur, à la moustache anachronique, qui s’est installé à côté d’eux au départ du train, et qui maintenant ronfle si fort que son épais rideau capillaire se soulève à chaque respiration. Tout le monde semble dormir. Une forte odeur de pieds et de transpiration leur pique les narines. Les sièges de cuir usés et vieillis par l’incommensurable nombre de voyageurs qui ont emprunté ce train de nuit avant eux, sont inconfortables, et dérangent le silence par ce chuintement qui surgit dans la pénombre à chaque fois que l’un deux bouge. Franz chuchote à l’oreille de Baum qui reste attentif. La peur se lit sur son visage. Ses yeux sont écarquillés comme pour mieux entendre. « Nous allons approcher une petite maison blanche, isolée et abandonnée depuis les faits, dans quelques minutes à peine ». Le vrombissement régulier de la locomotive devant eux se fait sourdement entendre et Franz...