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Showing posts from April, 2015

Petite histoire pour train de nuit (I)

Il fait très sombre dans la voiture. Les passagers sont tous silencieux, sauf pour le vieux monsieur, à la moustache anachronique, qui s’est installé à côté d’eux au départ du train, et qui maintenant ronfle si fort que son épais rideau capillaire se soulève à chaque respiration. Tout le monde semble dormir. Une forte odeur de pieds et de transpiration leur pique les narines. Les sièges de cuir usés et vieillis par l’incommensurable nombre de voyageurs qui ont emprunté ce train de nuit avant eux, sont inconfortables, et dérangent le silence par ce chuintement qui surgit dans la pénombre à chaque fois que l’un deux bouge. Franz chuchote à l’oreille de Baum qui reste attentif. La peur se lit sur son visage. Ses yeux sont écarquillés comme pour mieux entendre. « Nous allons approcher une petite maison blanche, isolée et abandonnée depuis les faits, dans quelques minutes à peine ». Le vrombissement régulier de la locomotive devant eux se fait sourdement entendre et Franz...

Le Reflet, une liberté conditionnelle, Dalida et une sacrée bourrasque

Un soir dans un café de la rue du Champollion dans le 5ème, après une journée passée sanglée à un siège de bureau à me faire ronger le cerveau et les nerfs par une meute de canidés, nous discutons Sabri, Manu, Margot et moi. En fait moi, je ne discute pas trop, je regarde plutôt les lèvres remuer sur les visages de mes acolytes et je suis les mots qui volent d'une bouche à l'autre. Je cruise en pilotage automatique, toujours à l'allure qui m'a été imposée sur ce siège de bureau toute la journée et j'ai du mal à reprendre possession de mon corps et surtout de mon esprit. L'image des chacals se partageant malgré eux mon prosencéphale, dans cette voracité mesquine qui les caractérise, me hante à plus de 2 heures de distance de mon dernier passage à la pointeuse. Margot parle avec enthousiasme de son prochain travail artistique ; le mot retable revient souvent dans ses descriptions. Qu'est-ce qu'un retable me dis-je alors que j'...

Anamorphose

Il soulève laborieusement ses paupières devenues épaisses. Ses tempes frappent de part et d’autre de son crâne. Les billes noires, enfin dégagées de leurs enveloppes lourdent, ne sont pas éblouies par les éclats des rayons brulants du soleil. Pourtant la chaleur de l’astre à son zénith, contre les poils qui recouvrent son dos, l’a réveillé et sorti d’un sommeil de plomb. La douleur est toujours logée dans son crâne mais la peur de la veille a disparu. Tout paraît paisible à présent.  Il écarquille plus grands ses orbites, mais les nerfs qu’il avait habitués à tirer d’une certaine manière depuis toujours, ne répondent plus comme avant. Sa vision a changé. Le soleil de plomb brille sur la ville et ses rayons frappent contre les voitures. Il comprend qu’il s’y reflète mais les couleurs se sont évaporées. Tout est devenu bleuâtre, contenu dans une palette de bleu allant de nuances claires, aux nuances les plus sombres, sans toutefois atteindre l’opacité du noir.  Il ...