Le rivage ne semble ni proche, ni lointain. Il est présent devant moi et sous mes pieds, comme une hallucination. Je ne marche pas et pourtant j’avance et je recule. Je vole. Je nage hors de l’eau. A chaque fois que le bord se rapproche, j’espère pouvoir me poser mais mes pieds s’éloignent de nouveau de la plage spectrale et mon corps entier est aspiré vers le ciel. J’ai peur. Je bats des jambes comme un papillon bats des ailes pour ne pas griller sur l’ampoule qui l’attire et je vois le rivage revenir sous moi. La distance entre mon corps et le sol s’amoindrit et je me sens rassurée. Mais juste pour un court instant, puisque lorsqu’enfin je pense pouvoir me poser sur le littoral fuyant, je réalise que ce n’est qu’un leurre. Et mon corps est de nouveau aspiré dans les hauteurs effrayantes du mirage sensoriel qui m’ôte toute appartenance à la réalité. Le rivage n’est plus fait de cette plage mystérieuse mais c’est un balcon à présent, sur lequel j’arrive en passant pa...