Il soulève laborieusement ses
paupières devenues épaisses. Ses tempes frappent de part et d’autre de son
crâne. Les billes noires, enfin dégagées de leurs enveloppes lourdent, ne sont
pas éblouies par les éclats des rayons brulants du soleil. Pourtant la chaleur
de l’astre à son zénith, contre les poils qui recouvrent son dos, l’a réveillé et
sorti d’un sommeil de plomb. La douleur est toujours logée dans son crâne mais
la peur de la veille a disparu. Tout paraît paisible à présent.
Il écarquille
plus grands ses orbites, mais les nerfs qu’il avait habitués à tirer d’une
certaine manière depuis toujours, ne répondent plus comme avant. Sa vision a
changé. Le soleil de plomb brille sur la ville et ses rayons frappent contre
les voitures. Il comprend qu’il s’y reflète mais les couleurs se sont
évaporées. Tout est devenu bleuâtre, contenu dans une palette de bleu allant de nuances
claires, aux nuances les plus sombres, sans toutefois atteindre l’opacité du
noir.
Il tourne la tête, interpellé
par un son très aigüe. Un cri intense et longiligne, perché dans les très hauts
en discontinu résonne et vient s’écraser à plusieurs reprises contre ses tympans. Il tourne
la tête de l’autre côté ; son attention se focalise sur un autre son
maintenant, plus doux celui-ci. Il croit reconnaître le bruit de branchages ou
de feuilles qui virevoltent au vent. Il pourrait presque les compter tant leur
chant face au souffle qui fonce dans la ville, arrive distinctement à ses
oreilles.
La découverte de ses nouveaux
sens l’apaise.
Il recherche dans sa mémoire les
mots qui accompagnaient jadis sa vie intérieure. Ils se refusent, ne se forment plus. Il
fouille dans ses souvenirs. Il entrouvre la bouche qui ne parvient pas à suivre
les ordres que lui donne son cerveau. Un filet de bave coule de la grimace
imposée par ses lèvres. Il regarde autour de lui de nouveau. Il ne comprend pas
mais ce n’est plus une torture.
L'incompréhension et la terreur ont laissé place à la curiosité. A chaque question qu'il sent monter en lui, sa tête semble bouger légèrement, d'abord à droite, puis à gauche. Comme si l'explication était quelque part dans son crâne et que le faire bouger ferait tomber la solution d'une oreille ou de l'autre.
Ses vêtements sont déchirés au
sol et de ses larges pieds devenus velus et monstrueux, il s’en dégage, pour
pouvoir avancer, mettre une patte devant l’autre, les orteils bien à plat contre l'asphalte brulante. Ses bras sont ballants le
long de ce corps qu’il ne reconnaît pas. Il n'essaie pas de se cacher. Au contraire son torse se bombe ; la nudité ne le gêne plus.
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