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Cauchemar stambouliote

L’après-midi tire à sa fin. La lune est haut dans le ciel bleu-nuit et pourtant il n’est que 18 heures. Les lumières qui s’allument dans les fenêtres, au loin, sont autant d’étoiles qui naissent dans ce paysage urbain bruyant. Je vois tous ces stambouliotes s’affairer dans les sillons nervurés de la ville-eau, coupée en son sein par le lourd grondement du Bosphore qui roule sous les vapours .   A une terrasse de café, des hommes et des femmes sont assis sur des vieux petits tabourets de bois, autour de tables très basses. Des turcs se retrouvent pour discuter, derrière leurs tasses de café qui viennent d’être retournées sur leurs petites soucoupes respectives. Elles sont droites et blanches, petit arsenal érigé, côte à côte, sur les tables retentissantes et proche du sol. La confection de l’avenir se prépare dans le long monologue que s’apprête à faire le seul homme en habit traditionnel présent dans cet espace-ville. « Souvenez-vous ! » commence-t-il par dire à...

L'inconsolée

Je prends un moment pour me pencher à nouveau sur ma vie, et j’essaie de la voir telle qu’elle a été avant, sans mon amante. Religieuse et pauvre ! Voilà ce qu’a été ma vie avant Madeleine. Aujourd’hui, je me penche sur elle, sur son visage, à la peau si fine, et de jolis filaments bleuâtres battent sous son teint. De ses yeux s’échappent des milliers de papillons verts, jaunes et bleus. Sa bouche rouge s’ouvre avec éclat et sa joie dessine un sourire si franc, que j’en suis toute éblouie. Je lui rends son sourire timidement, son bonheur me harcèle. La Comtesse de Limur, sans cesse dans mes rêves, me garde enfermée entre l’amour et le soupçon. L’anesthésie amère de ma vie d’antan laisse place à la fièvre d’une jalousie morbide. Lorsque Madeleine est avec le Comte, je mords en silence mon oreiller et je meurs. Jusqu’au lendemain où je la revois, je pleurs plusieurs fois ou n’est-ce qu’une seule fois mais dans un long râle qui dure toute la nuit ? Puis la revoilà et j’oubl...

Le Danube Bleu

Dans moins de deux heures, les convives arriveront. Le restaurant « Le Danube Bleu » servira ses premiers couverts après près d’un siècle de fermeture. Le bateau laissé à l’abandon depuis plusieurs générations vient d’être ranimé et son allure d’antan lui a été rendue. Les équipes ont été parfaitement formées et sont fin prêtes à relever le défi de ce restaurant logé sur le magistral fleuve qui fend Budapest en deux hémisphères lumineuses.  Le maître d’hôtel a réuni ses équipes. Chaque groom sait exactement ce qu’il a à faire et la salle est somptueuse et clinquante. La décoration est la même qu’à l’origine ; en embarquant, les convives feront un voyage dans le temps et se retrouveront au milieu du XIXème siècle. Il ne reste plus qu’à dresser les tables, une à une, avec l’exactitude et la précision dont est capable l’équipe du maître d’hôtel. L’équipier de ménage vient d’être rappelé en salle pour deux miettes qui avaient échappées au regard vigilent du maî...