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Le Thermos de l'espace ou le succédané d’une souffrance illégitime

Nour venait de rentrer chez elle ; il était déjà 20h. Elle filait aussitôt sous la douche pour retirer la crasse, le stress et l’odeur de cigarettes de ces quelques 8 heures de verticalité urbaine passées à servir des tables, des boissons, des sourires forcés. Aujourd’hui, elle n’avait pas pris le temps de compter ses pourboires ; elle avait arrêté depuis quelques temps déjà. Le montant de ses revenus journaliers était devenu accessoire ; ils n’étaient pas comme elle avait pu le penser, à une époque, un billet pour la liberté. Ce n’était qu’une donnée de plus qui venait s’ajouter à la succession de moments dérisoires devenus d’insignifiants rituels, comme une accumulation de petites névroses sans but et sans message conscient. Après sa douche, elle éventrait une boîte de thon qu’elle mangeait à même la conserve. Ce soir c’était du thon, la veille du maïs, l’avant-veille du thon encore avec ou sans mayo bon marché… Depuis qu’il était parti, elle était restée seule ...

Crise identique

Raisonnantes, entre les deux oreilles d’Abelo Lam, il y avait deux lourdes et criantes douleurs et les battements répétitifs d’une caisse claire intérieure qui le réveillaient jusqu’à faire secouer tout son corps endolori. Il ouvrait les yeux dans un vacarme opalin, éblouissant et étourdissant. Il tentait de soulever les paupières mais elles semblaient collées entre elles. Il essayait de nouveau avec l’œil gauche d’abord, puis progressivement avec l’œil droit. Il y avait la rue, il y avait la lumière écrasante, il y avait des klaxons. Il y grouillait, la vie, dans cette rue aux odeurs qui le ramenaient petit à petit à la vie et à la nausée. Sa nuque crut recevoir un coup de lame, lorsqu’Abelo Lam voulu se redresser. Il était allongé à même l’asphalte. Il ne reconnaissait pas les vêtements qu’il portait. Ils étaient sales et larges autour de son anatomie. Le monde lui semblait vertical et étriqué. Rejoindre cette verticalité était impossible ; à chaque mouvement son corps re...

Home Street Home

Comment injecter de la gravité dans son propre personnage ou comment répondre à une question par une autre question avec toute l’austérité manifeste dont il devrait être capable vu le nom anti-épicurien dont il est doté, Paul A. répond à une demande par une autre demande, à des directives par des injonctions, à une idée créatrice par une autre. La Grande Pomme, dans ce qui ressemble à un milieu d’après-midi bruyant, les couleurs, toutes sans exception, qu’elles soient sonores ou visuelles, sont bleuâtres, à croire que l’uniforme des agents de la NYPD a oxygéné toutes les teintures urbaines et leur a injecté un bleu délavé. Il est peut-être 15h ou plus, le soleil ne refait que timidement surface après la pluie en intraveineuse qui vient de déteindre un peu plus la ville. Une cabine téléphonique contredit la moiteur citadine de ce monde apathique par la peinture verte que Sophie C. lui injecte à même son cadre et l’asphalte qu’elle recouvre. Un faux regard, un pot de fleurs...