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...une page a été arrachée à un livre inconnu qui porte le titre « Chambers Ville »... c'est la page 47...



... nuit déjà depuis deux bonnes heures. La route monotone dessinait sur le bas-côté droit des traits blancs qui glissaient sous les roues de la Chevrolet pick-up de Shawn.  Plus personne ne parlait dans l’habitacle. Tara et Shawn avaient dû s’endormir sur la plage arrière. Aurélie conduisait, c’était la première fois qu’elle prenait le volant dans ce pays et ce n’était clairement pas la même chose que de conduire sur les petites routes de campagne du vieux continent. Julie restait silencieuse et fatiguée. Même si elle se sentait exténuée, elle était trop nerveuse pour se laisser aller à fermer l’œil. Ses paupières devenaient de plus en plus lourdes mais elle résistait. Le bébé semblait s’être calmé et ne donnait plus de coup de pied.
Shawn se réveillait enfin, « Je vais prendre le volant, on est presque arrivé » dit-il sèchement mais dans un bâillement. La route était déserte et sombre. Seuls les phares de la Chevy l’éclairaient. Aurélie s’arrêtait sur le bas-côté sans plus attendre, obéissant ainsi à Shawn sans faire d’histoire. La voiture en travers de la route, elle ouvrait la portière et sortit. Shawn prenait maintenant sa place derrière le volant.
Après à peine quelques minutes, Shawn sortit de la highway principale. Il s’aventurait maintenant sur un petit chemin. Il roulait au pas ; les pneus faisaient un boucan incroyable et ça jurait avec le quasi-silence dans lequel ils étaient tous plongés depuis des heures. Les quatre passagers de la Chevy étaient ballotés de droite à gauche sans ménagement. Shawn tournait tantôt le volant à droite, tantôt à gauche, avec grande prudence. Il ralentissait à chaque virage. Enfin il arrêtait le ballotement et le moteur. Il sortait la clef de contact du tableau de bord plongeant les quatre acolytes dans un silence encore plus épais et dans l’obscurité la plus totale. Le bruit de la portière qui s’ouvrait cassait la tranquillité qu’ils découvraient. Shawn, le premier sortit du véhicule. Les autres portières, à leur tour, et les bips qui suivaient le vacarme, témoignaient de leur présence humaine dans cette obscurité humide et silencieuse. Une forte odeur de sous-bois frappait contre leurs narines respectives. Les yeux commençaient à s’habituer à la pénombre et ils pouvaient enfin découvrir les alentours.

Une chambre les attendait.

Shawn, avec autorité, leur suggérait de prendre leur sac de l’arrière du pick-up. Chacune s’exécutait, sauf Tara, qui n’avait pas de sac.
Shawn s’éloignait du véhicule et pressait les trois jeunes femmes à le suivre à travers les arbres dont elles commençaient à deviner les contours. Elles le suivaient, attentives, les yeux écarquillés, comme pour mieux voir. Leurs pas marquaient leur présence dans la forêt. Des bruits de pierres qu’on fait rouler, des brindilles qui craquent sous les chaussures de marche et ils se retrouvaient face à une caravane posée sur de grosses briques qui la maintenaient surélevée.
Shawn montait, le premier, les briques, une à une, servant de marche pied pour pénétrer dans la caravane par l’étroite entrée. Il avait ouvert la porte sans se servir d’une clef ; la serrure pendait à moitié de la poignée usée. L’odeur de sous-bois avait laissé la place à une odeur forte de moisissure. Shawn ouvrit une autre porte, à l’intérieur de la caravane cette fois-ci. « C’est ici que vous dormirez ! Tara et moi, on dormira de l’autre côté » dit-il.
Aurélie prenait Julie par la main et la tirait doucement vers la porte encore plus étroite. Il fallait retirer les sacs des dos pour pouvoir passer. Une fois les filles dans la chambre, Shawn ferma la porte.
La première chose qu’elles avaient pu voir était un meuble qui semblait être une commode assez haute et, posée dessus, une lampe. Julie s’approchait rapidement de la commode et cherchait l’interrupteur pour la lampe. Elle faisait jouer le bouton clic, clic, clic mais rien ne se passait. Aurélie s’approchait de la lampe et en tournant l’ampoule qui était mal vissée dessus, pu l’allumer. La chambre était éclairée faiblement mais suffisamment pour y voir un peu plus clair. La commode avait perdu ses tiroirs, cette absence laissait des trous béants dans le meuble d’où dépassaient de vieux journaux et des magazines. Aurélie et Julie regardaient autour d’elles. Il y avait de la moquette au sol dont il était impossible de distinguer la couleur mais le froid lui donnait l’impression d’être humide. A même le sol, un matelas fin et nu remplissait la quasi-totalité de la pièce. Elles étaient fatiguées. Il fallait profiter des quelques heures de répit qui s’offrait à elles pour dormir. Aurélie sortait un pull de son sac et l’étendait sur le matelas. Elle s’allongea presque aussitôt. Julie fît de même.
Une fois au sol,  et la lampe descendue et posée près d’elles, Aurélie prît la pile de magazines qu’un mouvement avait fait glisser contre elle. Lorsqu’elle s’apprêtait à les pousser au fond de la pièce, elle vît qu'il s'agissait de très vieux numéros de Playboy magazine. Aurélie se détourna et fixa Julie qui se mit à…

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