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Le Reflet, une liberté conditionnelle, Dalida et une sacrée bourrasque


Un soir dans un café de la rue du Champollion dans le 5ème, après une journée passée sanglée à un siège de bureau à me faire ronger le cerveau et les nerfs par une meute de canidés, nous discutons Sabri, Manu, Margot et moi. En fait moi, je ne discute pas trop, je regarde plutôt les lèvres remuer sur les visages de mes acolytes et je suis les mots qui volent d'une bouche à l'autre. Je cruise en pilotage automatique, toujours à l'allure qui m'a été imposée sur ce siège de bureau toute la journée et j'ai du mal à reprendre possession de mon corps et surtout de mon esprit. L'image des chacals se partageant malgré eux mon prosencéphale, dans cette voracité mesquine qui les caractérise, me hante à plus de 2 heures de distance de mon dernier passage à la pointeuse. Margot parle avec enthousiasme de son prochain travail artistique ; le mot retable revient souvent dans ses descriptions. Qu'est-ce qu'un retable me dis-je alors que j'arrive enfin à commencer à faire surface parmi le monde des esprits-libres. J'aperçois encore, dans le monde parallèle de mon esprit-serf qui, lui, est toujours coincé dans ma vérité verticale, la gélatine visqueuse qui perle de la gueule des chacals qui ont partagé ma journée. Mais je commence à croire à un possible retour à la vie. "Un retable, Dora, c'est un ornement qui se place à l'arrière d'un autel à l'intérieur d'une église. Il est composé de plusieurs volets peints ou sculptés décrivant la vie de Jesus ou de Saints. Les volets sont ouverts ou fermés pendant tel ou tel culte religieux."

Margot nous annonce donc qu'elle va se pencher sur celui d'Issemheim pour son prochain travail. Je commence à comprendre. Le projet dont je ne conçois pas encore l'ampleur réussit finalement à faire fuir les chacals de mon esprit et je prends conscience de ma présence au Reflet, 5 rue Champollion, Paris 5ème.

Trois mois plus tard, on trouve tous les quatre un créneau de liberté (conditionnelle pour ce qui me concerne) pour se rendre à Colmar et pouvoir ainsi enfin découvrir ce fameux retable dont j'entends parlé depuis le Reflet. Et mad meg, je dois le dire, sait tenir son auditoire en haleine.

Mini-road trip Direction l'Alsace. On prend la voiture vers 15h30. Manu m'offre le siège conducteur ; Sabri et mad meg sont confortablement installées sous un duvet et sont déjà happées par la pertinence de leur débat. Manu, en copilote exemplaire, me dirige avec précision à travers le faisceau nerveux de la ville-monstre. Nous réussissons sans mal à nous en extirper et nous sommes déjà sur l'autoroute. Sinead O'Connor reprend des classiques de Reggae dans l'autoradio. I know !!! Right ?! How weird !


A peine quatre heures et 3 compiles plus tard, nos corps nous rappellent respectivement que nous sommes dépendants de ces cuvettes qu'on aime d'un blanc immaculé et que la peau de nos fesses trouvent toujours trop froides. Nous arrivons donc dans une petite ville dans le trou du cul du monde. Et oui, ce fameux endroit est situé en réalité à quelques centaines de kilomètres de Paris à peine. On prend le premier bar que nous trouvons. Il est situé en face de la Mairie. Notre but : se caféïner la tête et nous délester de nos toxines. Dès que mad meg et Sabri passent la porte de ce petit bouge, nous comprenons notre erreur. L'établissement est propre mais malgré tout, glauque au possible. Les piliers de comptoir de cette affreuse buvette aseptisée semblent sortir tout droit d'un remake à la française d'un film de Lynch. Derrière le comptoir les tubes cathodiques redonnent, l'instant de ce vendredi soir, vie à Dalida. Les habitants de cette ville-chimère ont manifestement trouvé le moyen de cryogéniser Dalida et ils la ressortent de temps à autre pour leurs soirées dansantes. Ils ont dû copier la recette dans un bouquin de Ph K Dick.

Mieux vaut reprendre la route tout de suite après avoir payé et fait, chacun son tour cela va sans dire, une petite virée sur le trône de la solitude. La ville-chimère nous laisse partir donc sans mal dans la bonne direction vers Colmar.

La route est glissante, le vent énerve les flocons de neige que le ciel crache furieusement. Je n'y vois rien, j'ai l'impression de rouler vers l’œil du cyclone sauf que là on est pas à la télé. Une pancarte, une seule est lisible, les autres sont habillées d'un manteau de neige. "TOUL 3 km" dit la pancarte. Nos estomacs crient dans la voiture et moi, Toul ça m'inspire. On s'arrête au Régent qui s'avère être un bar bien plus accueillant que le Lynch bar de freaks qu'on vient de quitter, il y a moins d'une heure.

La première décision importante à prendre de la journée arrive après les steaks-frites que nous sert le patron qui porte une moustache anachronique sous le nez. On se met à la recherche d'un Formule 1 pour passer la nuit dans la ville-outil ou, on fonce à Colmar malgré la bourrasque ? L'estomac rassasié, la témérité n'est plus réservée aux courageux et on reprend la route direction Colmar. ou plus exactement Eguisheim qui se dit "é-guy-ssayïme" où nous attend notre location pour le weekend.


La bourrasque se fait de plus en plus violente et non pas par imprudence mais plus par ignorance, nous suivons la route pour Colmar par le Col du Bonhomme. Nous atteignons une certaine altitude et la route est impraticable. Plus notre bolide prend de l'altitude plus nous ralentissons alors que mon pied droit engourdi continu avec acharnement à aplatir la pédale de droite contre le planché. Il n'y a rien à faire, ça glisse et nous rejoignons les autres voitures sur le bas côté de la route en file indienne. Notre jauge d'essence est dans le rouge et vient s'ajouter à notre virée statique une once d'inquiétude, que la bonne humeur générale qui règne dans notre voiture, nous permet malgré tout de mettre de côté. J’éteins le moteur, les lumières et l'autoradio. Il fait sombre dans la voiture et nous parlons à voix basses sans raison apparente mais cela semble renforcer notre collusion. Nous attendons 45 minutes avant de voir arriver le chasse-neige qui nous permet de repartir enfin.



Nous arrivons finalement à Eguissheim vers 1 heure du matin ! Mais y sommes nous vraiment ? ! J'ai l'impression d'être à Disney-land avec des maisons en carton. La fée Carabosse vient nous ouvrir une pomme rouge vif à la main. Bizarrement, elle a un accent alsacien.

Comments

Unknown said…
J'aime beaucoup le style d'ecriture et la rapidité à la quelle on rentre dans le récit, j'ai l'impression d'y être et c'est très agréable.
Les personnages sont sympathiques aussi, ça donne envie de les connaître ;o)
Dora said…
Si les personnages te plaisent, je peux organiser une rencontre lol. merci pour ton gentil message !!!

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