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Nour Strokinia - Chanteuse de hüzün et liseuse de marc de café

Date de naissance inconnue. On rapporte que la date de sa naissance aurait été déclarée par un père adoptif à la mairie de Bijelo Polje, le plus proche village voisin de la colline où elle vît le jour, le Onze, Dévril, Dix neuf cent cinquante douze.   C’est à l’âge de 11 ans, alors que sa mère était occupée à faire la lecture dans les tasses des femmes du village, que Nour tombe dans la lecture du marc. Une femme particulièrement impatiente et qui ne veut pas attendre son tour présente devant les yeux de l’enfant, la tasse prête à dévoiler le futur tant convoité. Nour s’est réveillée, cet après-midi de l’an trente-seize, devant sa propre révélation. Depuis ce jour, où Nour avait prédit à la dame agacée, l’arrivée d’un quatorzième enfant, elle lit, raconte et chante ses pressentiments, ses inspirations, ses prémonitions. Ne souhaitant se résoudre à rivaliser avec sa mère qui était la seule autorité en matière de lecture de marc de café turc, Nour avait pris pour habitude d...

Le sommeil de l'Infante

Une bande éblouissante et vaporeuse transperce la pénombre étendue dans laquelle, Orhan est plongé. Le corps du peintre repose sur un divan affaissé et poussiéreux. L’entaille opaline créant ce clair-obscur froid traverse le corps du peintre et ne dérange en rien le profond sommeil du dormeur. Sa carcasse affaissée elle aussi, comme pour mieux s’encastrer dans les plis et replis du vieux meuble est nonchalamment déployé sur le vieux canapé. La fragilité de l’antique fauteuil tranche avec l’ossature imposante de ce minotaure en quête de reconnaissance. La journée, le peintre trace de grands traits de gouaches jusque tard dans la soirée, si bien que lorsque le sommeil le prend, il ne reste, de sa joie et son énergie créatrice, plus qu’une charpente d’os et de chair animée par quelques ronflements lourds qui lui soulèvent le torse. Son genou droit est relevé sur le dossier du sofa, si haut que son pied bat une mesure inaudible dans le vide. Son autre genou est fléchit et son pied re...

Triptyque urbain

I – Playnoville - Des chiffres encerclés de bleu, de vert clair, de vert foncé : 6, 9, 12 annonçant des lignes de métros introuvables. Et si par miracle, elles sont trouvées, elles nous bloquent. - Des flèches invitant à emprunter des couloirs perdus ou ne figurant sur aucun plan, ni carte. Des couloirs ne reliant aucune plateforme à une autre. - Une pancarte indiquant « Gare de Playnoville », puis son évaporation, sa disparition du champ de vision. - Des corridors larges, mais pas si larges au vu du nombre d’humains les empruntant, mais sombres et résonnants. - Des pas rapides, des pas lents. Jamais assez lents pour les usagers qui suivent juste derrière et jamais assez rapides pour ceux qui les précèdent. - Des plafonds de verre où le ciel se laisse apercevoir. Un ciel bien trop gris même lorsqu’il ne pleure pas. - Des carillons sonorisant des alertes aigües qu’on aimerait taire. Celles qui poussent à augmenter le volume de la musique qui serre les...