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Loggia

Monsieur Alamo Bel habitait au dernier étage du 34 boulevard Brune, juste au-dessus de la station Didot du tout récent tramway parisien. De sa loggia de 45 m2 qui longeait son salon au premier niveau de son duplex, il voyait la jolie voie verte, de pelouse fraichement vêtue, qui bordait les boulevards maraichaux et nombreux, il le savait, lui enviaient sa situation.   Il était le seul locataire de l’immeuble à habiter les deux derniers étages et bien entendu, le seul à disposer d’une terrasse et d’une loggia impressionnante. Même les membres de sa famille habitaient des étages inférieurs sans charme. Les autres appartements ne disposaient que de lucarnes étriquées et d’un rebord de fenêtre tout au plus. Ces immeubles d’architectes modernes et réputés n’offraient, au final, que très peu d’appartements de hauts standings dont l’originalité pouvait surprendre, le reste était un amas de petites cages à lapin, organisées les unes sur les autres, de façon bien droite et verticale...

Le Thermos de l'espace ou le succédané d’une souffrance illégitime

Nour venait de rentrer chez elle ; il était déjà 20h. Elle filait aussitôt sous la douche pour retirer la crasse, le stress et l’odeur de cigarettes de ces quelques 8 heures de verticalité urbaine passées à servir des tables, des boissons, des sourires forcés. Aujourd’hui, elle n’avait pas pris le temps de compter ses pourboires ; elle avait arrêté depuis quelques temps déjà. Le montant de ses revenus journaliers était devenu accessoire ; ils n’étaient pas comme elle avait pu le penser, à une époque, un billet pour la liberté. Ce n’était qu’une donnée de plus qui venait s’ajouter à la succession de moments dérisoires devenus d’insignifiants rituels, comme une accumulation de petites névroses sans but et sans message conscient. Après sa douche, elle éventrait une boîte de thon qu’elle mangeait à même la conserve. Ce soir c’était du thon, la veille du maïs, l’avant-veille du thon encore avec ou sans mayo bon marché… Depuis qu’il était parti, elle était restée seule ...

Crise identique

Raisonnantes, entre les deux oreilles d’Abelo Lam, il y avait deux lourdes et criantes douleurs et les battements répétitifs d’une caisse claire intérieure qui le réveillaient jusqu’à faire secouer tout son corps endolori. Il ouvrait les yeux dans un vacarme opalin, éblouissant et étourdissant. Il tentait de soulever les paupières mais elles semblaient collées entre elles. Il essayait de nouveau avec l’œil gauche d’abord, puis progressivement avec l’œil droit. Il y avait la rue, il y avait la lumière écrasante, il y avait des klaxons. Il y grouillait, la vie, dans cette rue aux odeurs qui le ramenaient petit à petit à la vie et à la nausée. Sa nuque crut recevoir un coup de lame, lorsqu’Abelo Lam voulu se redresser. Il était allongé à même l’asphalte. Il ne reconnaissait pas les vêtements qu’il portait. Ils étaient sales et larges autour de son anatomie. Le monde lui semblait vertical et étriqué. Rejoindre cette verticalité était impossible ; à chaque mouvement son corps re...