Au lever du soleil, la citadelle
de craie reste encore quelques instants dans l’obscurité. Sous les pieds, la
terre ocre est froide et humide. La montagne, qui cache le soleil au petit
matin, trace une ligne traversant la ville d’une extrémité à l’autre et comme
une vague qui se retire d’une dune de sable, le rideau d’ombre se retire et se
loge sous les pieds de la montagne. Au fur et à mesure que le voile recule,
la citadelle se découvre et le rouge apparait, sombre d’abord puis teinté de
safran.
La fraicheur des premiers
instants de la journée est rapidement remplacée par un vent sec qui souffle
habilement sur les bâtisses et les murailles poussiéreuses. Un discret murmure
siffle et accompagne le souffle qui agite les particules d’argile. La faune
nocturne laisse la place à une autre population qui supporte plus aisément les
hautes températures diurnes.
Ce n’est que dans l’après-midi,
lorsque les températures redescendent que la cendre ocre injecte dans la
lumière éclatante de nouvelles teintes. Les nuages rougis puis orangés par les
raillons du soleil en déclin appliquent un filtre rose contre l’atmosphère et
la citadelle se change pour quelques minutes précieuses et revêt son habit de
soirée. Il faut être attentif et rapide pour voir la magie opérée. Observer le
phénomène tord les minutes et les allonge et le temps est ainsi suspendu. Pour
ceux qui manquent à l’appel de cette féérie, ils n’auront loupé que quelques
minutes du cadran, pour les chanceux, ils auront gagné un moment d’éternité.
Quand la chaleur étouffante se
retire, c’est que le soleil est tombé de l’autre côté de l’horizon. Et qu’il
est temps d’envisager les faits dans leur irréalité.
Un masque ocre et menaçant avance
dans mon rêve. Il est suspendu dans le clair-obscur d’une cavité créée par des
éboulements. Le masque s’avance et sort vers la lumière. Quelques débris continuent
de tomber derrière l’apparition monstrueuse qui s’extirpe de justesse, hors de
cette bouche d’argile. Un long corps fin et rugueux marche péniblement sous la moiteur.
Son dos courbé et ses mains levées devant son visage tentent de le protéger de l’éblouissement ; la lumière est douloureuse. Ses pas sont fragiles
et hésitants. Le vent monte et soulève les débris. L’argile, autour de son
corps, tourbillonne comme un nuage d’électrons tournant autour de leur noyau.
La canicule dessine dans l’air des petites ondes qui dansent devant l’horizon
et qui troublent la vue. Il fait chaud, le silence est tombé à son tour sur le
vacarme grouillant de la veille.
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