Les ordres venaient de tomber. Le chefaillon venait de valider le prochain calendrier de commandes avec une incohérence vertigineuse et appuyait son incompétence par un rictus qui montrait un aplomb déconcertant. La moustache du magasinier était hirsute et ses joues étaient rouges d’incompréhensions. Les 10 heures qu’il venait de passer à tenter de terminer le chargement démesuré l’empêchait de tenir droit. La verticalité forcée et subie de la journée l’avait écrasé et son franc parlé s’évaporait pour se taire dans une retenue qui ne lui était pas coutume. Il pensait, dans 3 jours, je serai en liberté conditionnelle pendant 5 semaines et mieux valait se taire plutôt que faire des vagues maintenant. Il se demandait ce que ses collègues pensaient de ce nouveau rythme. Allaient-ils objecter ? C’était à eux que s’adressait ce nouveau calendrier après tout.
Devant l’absence de contestation, le supérieur se leva de son siège et fit le tour de son bureau. Le magasinier aurait voulu l’attacher à son poste avec des sangles et le livrer aux canidés sauvages que pouvaient être ses collègues syndiqués à qui on avait interdit l’entrée au dépôt de marchandises depuis qu’ils étaient en grève.
Savourant l’absence de protestation comme un triomphe de guerre, le chefaillon leva le menton un peu plus haut. Obséquieux, celui-ci s’approcha de l’oreille du magasinier et lui marmonna des mots que personne d’autre ne pouvait entendre et se mit à sourire vilement. Avant qu’il n’eut le temps d’ouvrir un peu plus grand la bouche pour éclater dans un rire sonore et déplacé, le magasinier lui colla une droite qui vint rebondir contre son nez. Et parce que le geste était parti un peu trop vite, dans l’élan, le magasinier fit également rebondir son coude contre la face de son supérieur.
Le chefaillon leva la tête et entrouvrit la cavité obscure qui lui servait maintenant de bouche. Celle-ci laissa voir un demi sourire édenté et rouge.
D’une main, le responsable tenait son visage comme si celui-ci allait tomber de sa tête et de l’autre, il pointait du doigt le magasinier coupable. Un collègue s’était accroupi et s’était mis à chercher la dent galeuse qui venait de voler au dessus de leurs têtes et hors de la mâchoire de son supérieur.
Le chef criait maintenant, accusait le magasinier d’être fou à enchaîner. Ses cris étaient accompagnés de postillons de sang épais. Il ne parvenait pas à prononcer les consonnes ; elles se transformaient toutes en une accumulation de râles ronds et dégoulinant. Il était difficile de comprendre ce qu’il criait. Une lave d’hémoglobine coulait le long de son menton fin et pointu puis, gouttait sur sa chemise blanche. Le premier petit poids rouge qui vint tâcher sa chemise immaculée atterrit sur sa bedaine saillante, pile au niveau de son nombril. Le magasinier d’abord sonné par sa propre réaction se mit à rire de bon cœur.
Quelqu’un avait appeler les secours mais il avait été répondu que les pompiers ne se déplaçaient plus pour si peu.
Aucune voiture n’était disponible et le magasinier fût chargé par la responsable des ressources humaines, qui venait d’arriver sur le lieu de l’incident, d’accompagner le blessé aux urgences.
La moustache encore frétillante du rire franc qui avait éclaté dans sa gorge, le magasinier reprit son sérieux et prenant son supérieur par le bras le mena à son véhicule. Le supérieur voulu objecter, quand le magasinier usant de l’effet de peur qu’il avait créé chez son chef lui tendit un regard menaçant. Ce dernier n’osa pas répondre.
Ils arrivèrent aux urgences très rapidement et à l’accueil de l’hôpital c’est le magasinier qui se chargea d’expliquer les circonstances de l’incident. Ils passèrent tous les deux dans la salle d’attente. Le supérieur trouva une place et s’assit et le magasinier le suivit de près. Une fois les formalités administratives remplies, il ne restait plus qu’à attendre d’être pris en charge par un urgentiste.
Il était tard ; le magasinier avait faim et son supérieur ne saignait plus. Le sang sur sa chemise avait séché et les doigts de la main droite du magasinier commençaient à désenfler.
Devant l’absence de contestation, le supérieur se leva de son siège et fit le tour de son bureau. Le magasinier aurait voulu l’attacher à son poste avec des sangles et le livrer aux canidés sauvages que pouvaient être ses collègues syndiqués à qui on avait interdit l’entrée au dépôt de marchandises depuis qu’ils étaient en grève.
Savourant l’absence de protestation comme un triomphe de guerre, le chefaillon leva le menton un peu plus haut. Obséquieux, celui-ci s’approcha de l’oreille du magasinier et lui marmonna des mots que personne d’autre ne pouvait entendre et se mit à sourire vilement. Avant qu’il n’eut le temps d’ouvrir un peu plus grand la bouche pour éclater dans un rire sonore et déplacé, le magasinier lui colla une droite qui vint rebondir contre son nez. Et parce que le geste était parti un peu trop vite, dans l’élan, le magasinier fit également rebondir son coude contre la face de son supérieur.
Le chefaillon leva la tête et entrouvrit la cavité obscure qui lui servait maintenant de bouche. Celle-ci laissa voir un demi sourire édenté et rouge.
D’une main, le responsable tenait son visage comme si celui-ci allait tomber de sa tête et de l’autre, il pointait du doigt le magasinier coupable. Un collègue s’était accroupi et s’était mis à chercher la dent galeuse qui venait de voler au dessus de leurs têtes et hors de la mâchoire de son supérieur.
Le chef criait maintenant, accusait le magasinier d’être fou à enchaîner. Ses cris étaient accompagnés de postillons de sang épais. Il ne parvenait pas à prononcer les consonnes ; elles se transformaient toutes en une accumulation de râles ronds et dégoulinant. Il était difficile de comprendre ce qu’il criait. Une lave d’hémoglobine coulait le long de son menton fin et pointu puis, gouttait sur sa chemise blanche. Le premier petit poids rouge qui vint tâcher sa chemise immaculée atterrit sur sa bedaine saillante, pile au niveau de son nombril. Le magasinier d’abord sonné par sa propre réaction se mit à rire de bon cœur.
Quelqu’un avait appeler les secours mais il avait été répondu que les pompiers ne se déplaçaient plus pour si peu.
Aucune voiture n’était disponible et le magasinier fût chargé par la responsable des ressources humaines, qui venait d’arriver sur le lieu de l’incident, d’accompagner le blessé aux urgences.
La moustache encore frétillante du rire franc qui avait éclaté dans sa gorge, le magasinier reprit son sérieux et prenant son supérieur par le bras le mena à son véhicule. Le supérieur voulu objecter, quand le magasinier usant de l’effet de peur qu’il avait créé chez son chef lui tendit un regard menaçant. Ce dernier n’osa pas répondre.
Ils arrivèrent aux urgences très rapidement et à l’accueil de l’hôpital c’est le magasinier qui se chargea d’expliquer les circonstances de l’incident. Ils passèrent tous les deux dans la salle d’attente. Le supérieur trouva une place et s’assit et le magasinier le suivit de près. Une fois les formalités administratives remplies, il ne restait plus qu’à attendre d’être pris en charge par un urgentiste.
Il était tard ; le magasinier avait faim et son supérieur ne saignait plus. Le sang sur sa chemise avait séché et les doigts de la main droite du magasinier commençaient à désenfler.
Il le regardait et découvrait, sur le visage tuméfié de son chef, un bleu sous l’œil droit et se mit à réfléchir aux processus de création d’un œil au beurre noir. Il n’avait pas touché à son œil et pourtant son œil semblait plus amoché que son nez. Il se mit à penser à l’expression « œil au beurre noir » et se demanda s’il ne fallait pas plutôt dire « œil au bord noir ». Ça semblait plus juste. Il se mit à penser à toutes les patates qu’il avait données dans sa vie et se mit à sourire intérieurement. Son supérieur sursauta et visiblement inquiet regardait autour de lui comme pour demander de l’aide mais ils étaient entourés de personnes bien trop concentrées sur leur propre sort que personne ne lui rendit son regard, à part le magasinier qui lui fit mine de rester sage. L’attente lui semblait interminable alors que pour le magasinier, être assis était un confort qui lui était agréable et le temps passait vite.
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