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Triptyque urbain



I – Playnoville

- Des chiffres encerclés de bleu, de vert clair, de vert foncé : 6, 9, 12 annonçant des lignes de métros introuvables. Et si par miracle, elles sont trouvées, elles nous bloquent.
- Des flèches invitant à emprunter des couloirs perdus ou ne figurant sur aucun plan, ni carte. Des couloirs ne reliant aucune plateforme à une autre.
- Une pancarte indiquant « Gare de Playnoville », puis son évaporation, sa disparition du champ de vision.
- Des corridors larges, mais pas si larges au vu du nombre d’humains les empruntant, mais sombres et résonnants.
- Des pas rapides, des pas lents. Jamais assez lents pour les usagers qui suivent juste derrière et jamais assez rapides pour ceux qui les précèdent.
- Des plafonds de verre où le ciel se laisse apercevoir. Un ciel bien trop gris même lorsqu’il ne pleure pas.
- Des carillons sonorisant des alertes aigües qu’on aimerait taire. Celles qui poussent à augmenter le volume de la musique qui serre les oreilles et nous protège de la folie.
- Des canidés apprivoisés hésitant et suivant de près des mollets humains, pas toujours très humains lorsque la colère les poussent à traiter sans humanité leurs compagnons poilus.
- Des sacs abandonnés encerclés par des soldats armés jusqu’aux ongles.
- Des retrouvailles souriantes et bruyantes de foules abandonnées au front.
- Des portes qui s’ouvrent latéralement, d’autres qui se ferment et séparent des amis perdus qui font semblant de se reconnaître dans les tranchées.
- Des horloges pointant un horaire dépassé, une guerre qui ne leur appartient pas.

II – Ruminantia

Ruminantia est une ville perchée en haut du célèbre rocher, connu sous le nom de Monogastrie. Rocher, lui-même, encerclé par sept petites collines.
De nombreux corridors-tubes permettent à chacune et à chacun de circuler d’un quartier vers un autre, ou de s’y perdre au gré des vents contraires. Ces vents contraires et grondants provoquent des gaz à effets de serre dont les habitants de Ruminantia, les Ruminants, souffrent dès leur plus jeune âge.
Pour voyager d’une colline à une autre, en passant par les versants arides, les Ruminants utilisent des téléphériques et des funiculaires. Véritables systèmes nerveux de la ville-monstre, ces moyens de locomotion sont contrôlés par un cerveau central, appelé le Grand Tubercule Rachidien, du nom de son inventeur. 

III – Voyage Vertical

Des travailleurs condamnés à une verticalité quotidienne forcée, de nombreux voyageurs forcenés d’une rame bloquée arrêtent leur course solidaire. Ils se regardent effarés, devant leur liberté conditionnelle, qui s’écoule trop rapidement dans le sablier. Des bouches s’ouvrent et se referment devant moi ; elles parlent à leur téléphone portable : « Ne m’attends pas, je suis bloquée ; je serai en retard. » articule l’une d’elle. Je lis sur les lèvres d’une autre qui semble crier « Allo ?! Allo ?! » et son téléphone portable lui raccroche au nez.
Des cliquetis s’enclenchent sous la rame mécanique et le manège est prêt à repartir. Il reprend sa course lente. Les regards des forcenés en bleu de costard se tranquillisent ; les estomacs se rassurent et grondent en sourdine. Les cravates se délient et se mettent à sourire aux écharpes encombrantes qui roulent sur les épaules endolories.
Il est bientôt l’heure de la relève. Les compteurs se remettront à zéro dans quelques stations.  

Comments

Unknown said…
Très original la version Triptyque urbain!!!! J'adore 💖
Dora said…
J'ai suivi ton pertinent conseil ;)

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